
J’ai reçu récemment d’un ami cette photographie d’une œuvre d’Annette Messager, « Faire des cartes de France », qui fait partie des collections du LaM de Villeneuve d’Ascq. En ce jour de premier tour de l’élection présidentielle, la chose me semble assez appropriée. Voici un extrait de la présentation du musée :
« Faire des cartes de France repose sur un jeu de mots amusant et pervers. L’expression servait, durant l’Ancien Régime, de litote pour évoquer les premières pollutions nocturnes du souverain qui assuraient ainsi au pouvoir son avenir. A Versailles, les draps du roi faisaient l’objet d’analyse de la part de certains voyants et conseillers qui essayaient de déchiffrer dans ces motifs du hasard l’avenir politique du pays. L’interprétation de ces souillures royales a été comprise comme l’ancêtre parodique des premières lectures iconologiques. Évoquant autrefois, par le biais de l’intime, le destin national, l’expression, désormais tombée dans le langage populaire, illustre ce passage de l’état d’enfance à l’adolescence ; mettant des mots sur cette expérience de l’abandon – et donc de la perte et de la mort – qui caractérise les étapes essentielles de la vie humaine. »
J’essayais récemment de dénombrer les artistes ayant créé ou détourné des cartes, et il y en a vraiment beaucoup. La dernière que j’ai pu voir était une installation intitulée Trampolin 1 2 3 4 5, de l’artiste chinoise Shen Yuan, à la Cité de l’immigration. On y voyait des cartes de Chinatown brodées sur des couvre-lit – une autre collusion entre une représentation nationale et la sphère de l’intimité.
On a déjà parlé d’Annette Messager ici.
Photo : Philip Bernard. © Adagp Paris, 2010

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